Face à la canicule, Paris est une ville trop dense et surbitumée

Le 11 juillet dernier, la ville de Paris, par la voix de Jean-Louis Missika, Maire-adjoint à l’urbanisme, a dévoilé le projet lauréat pour le réaménagement de la dalle Montparnasse : celui du cabinet Rogers Stirk Harbour + Partners.

Dans un contexte de réchauffement climatique qui se précise chaque jour davantage et se manifeste par des canicules à répétition dont Paris surbitumisée est la première à souffrir, ce projet ne nous paraît pas à la hauteur des enjeux qui imposent une façon radicalement nouvelle de penser l’aménagement urbain.

A première vue, certains gestes architecturaux sont à saluer dans ce projet, comme la volonté affichée de créer des continuités visuelles dans un quartier où le regard butte souvent sur un urbanisme terne et obsolète et qui sera arrêté par les épaississements prévus lors des rénovations de tours Montparnasse et CIT. Mais à regarder dans le détail, le projet ne rompt pas avec une vision de la ville centrée sur la recherche de toujours plus d’attractivité commerciale et économique, qui est incompatible avec la préservation du climat et les actions nécessaires à la résilience de la ville face aux conséquences du dérèglement climatique.

Nous ne voulons pas d’un centre commercial à ciel ouvert !

Trois quarts des surfaces des bâtiments sont prévues pour accueillir des bureaux et des commerces. Sans compter le doublement des surfaces commerciales du centre Gaité, la multiplication des magasins dans la gare, et ceux prévus dans la nouvelle Tour. C’est donc bel et bien un projet de shopping city qui nous est présenté aujourd’hui. Une shopping city anonyme comme il pourrait exister dans n’importe quelle capitale, qui ne tient pas compte non plus des particularités culturelles du quartier Montparnasse.

Certes, l’accent est mis sur la plantation d’arbres (on nous en promet 2500), mais sans que l’on sache précisément combien seront plantés dans le périmètre, et dans quelle mesure les arbres déjà existants sont comptabilisés. Au final,  combien d’arbres supplémentaires plantés ?

De même, les serres prévues sur certains immeubles présentent un potentiel intéressant en termes d’agriculture urbaine mais ne perrmettront pas de participer au rafraîchissement de la Ville.

Une densification toujours plus importe importante au mépris des habitant·e·s du quartier

Ces touches végétales ne peuvent masquer l’augmentation de la densité prévue : 18 000 m² de surface de plancher supplémentaires, et une Tour Montparnasse élargie et ouverte 24h/24 pour pouvoir accueillir deux fois plus de monde qu’aujourd’hui. Il en est de même  pour le projet de rénovation de la tour CIT qui prévoit une augmentation de sa capacité d’accueil, gagnant en hauteur et en épaississement. Les nouvelles constructions viennent aussi mordre sur l’espace public, que ce soit côté rue du départ ou sur la place du 18 juin.

Une hausse de la fréquentation du quartier entraînera nécessairement une saturation des réseaux de transport, déjà à la limite de la thrombose, comme les lignes 12 et 13 du métro. À ce stade du projet, aucun schéma fonctionnel en matière de transport n’est prévu pour répondre aux flux à prévoir.

Les écologistes appellent donc la ville de Paris à prendre ses responsabilités financières et réglementaires sur ce dossier. La priorité doit être de dé-densifier, pour créer de véritables îlots de fraîcheur et de respiration. Il faut des espaces pour les enfants, pour les familles, pour les personnes âgées, pour la culture, les services publics, les loisirs et la vie de quartier. Vivre mieux plutôt que consommer toujours plus, voilà l’enjeu qui doit présider à la rénovation du quartier. Une telle occasion de repenser le quartier Montparnasse ne se représentera pas de sitôt et les écologistes appellent en conséquence à ouvrir une phase ambitieuse de concertation avec les habitant.e.s, et s’y impliqueront pleinement dans les prochains mois.

publié dans le Huffington Post

par Guillaume Durand (co-secrétaire EELV Paris), Sinda Matmati (candidate écologiste dans le 14ème arrondissement), Antoinette Kis et Mathurin Gallice-Gentil (candidat.e.s écologistes dans le 6ème arrondissement), Thibaut Bragé (candidat écologiste dans le 15ème arrondissement), Louis Jouve (EELV Paris 6e), Catherine Marie (EELV Paris 6e), Dominique Leclercq (EELV Paris 14e), Florian Milesi (EELV Paris 14e), Arnaud Périgord (EELV Paris 14e)

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